«Nourrir», un « bien social » accessible à tous ?

Un article du site REISO – Revue d’information sociale

 

Nourrir durablement, un projet pilote à Sion

Une association qui propose des repas à prix modeste à la population précaire du Valais souhaite modifier son système d’aide alimentaire en recourant davantage aux produits locaux. Une évolution qui soulève des défis.

Par Marie Lequet, collaboratrice scientifique, et Marion Repetti, professeure ordinaire, Haute école et École supérieure de Travail social (HESTS), HES-SO Valais/Wallis, Sierre

 

Extraits :

Fondé en 1997, l’Accueil Hôtel-Dieu est le plus grand accueil communautaire bas-seuil du canton du Valais. L’association, qui s’inscrit dans une mouvance catholique, propose de l’écoute, une orientation sociale, des activités et un repas quotidien à toutes les personnes qui le souhaitent, indépendamment de leurs moyens financiers ou de leurs convictions religieuses.

Dans ce centre ouvert cinq jours par semaine, entre 50 et 70 repas de midi, destinés à la population en situation de précarité du Valais central, sont préparés chaque jour. Les personnes paient une contribution de cinq francs pour leur dîner lorsqu’elles le peuvent, alors que celles qui n’en ont pas les moyens ont la possibilité d’être nourries gratuitement. La préparation des menus repose sur la collecte d’invendus et le travail d’une soixantaine de bénévoles, encadré∙e·s par une maîtresse socio-professionnelle. Il s’agit principalement de retraité·e·s qui y trouvent un espace de participation sociale et d’engagement, ou de personnes issues de la migration éloignées du marché de l’emploi.

 

Vers une transition durable de l’aide alimentaire

Pour proposer des repas de midi à cinq francs, l’Accueil Hôtel-Dieu s’approvisionne donc principalement en récoltant les invendus auprès des enseignes de la grande distribution et des centrales d’aide alimentaire comme Tables du Rhône et Emmaüs. Si ce système offre un accès à une nourriture gratuite, il pose néanmoins des questions éthiques et pratiques. D’une part, « nourrir les pauvres avec des restes », pour reprendre les termes de l’une des membres de l’association, comprend le risque d’assigner ces populations à une alimentation de seconde main, dont on ne choisit jamais les denrées, tout en permettant aux plus privilégié·e·s et aux entreprises de distribution de se donner bonne conscience.

À travers ce projet, l’association souhaite cependant répondre aux lacunes de son système d’aide alimentaire actuel afin de continuer à assurer la préparation des repas, tout en adoptant des pratiques plus écologiques grâce aux produits locaux et de saison. Changer de système alimentaire permettrait également de répondre aux enjeux d’éthique, de santé et de droit à une alimentation adéquate, tels que définis par l’ONU.

 

Restructurer le travail bénévole

Au moment de l’écriture de cet article, la première phase du projet-pilote consacrée à la clarification des objectifs est terminée et a permis d’identifier des premières pistes.

Tout d’abord, le projet implique la création d’un réseau de partenaires locaux plus diversifié. Cela nécessite une connaissance fine du tissu agricole régional et une clarification des besoins de l’Accueil Hôtel-Dieu, afin de cibler le type de partenariat désiré. Différentes options sont étudiées, notamment la possibilité d’exploiter une portion de champs que des paysan·ne·s mettraient à disposition de l’association pour y développer un jardin d’insertion. Il serait également envisageable de récolter des fruits et légumes non-exploitables que les agriculteur·trices accepteraient de donner ou vendre à bas prix à l’Accueil Hôtel-Dieu.

 

Prendre soin, valoriser, reconstruire

La création d’un jardin d’insertion ou d’ateliers de conditionnement pourrait être bénéfique tant pour l’objectif de transition vers un système d’alimentation durable, que pour les bénévoles et les populations fréquentant l’Accueil Hôtel-Dieu. Premièrement, le travail bénévole au sein de l’association repose sur la mise à profit des compétences de chacun·e. Cela nécessite de soutenir et valoriser les compétences individuelles, ce qui peut contribuer à fidéliser et à stabiliser les ressources humaines, et, dès lors, à assurer la durabilité du système.

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